Manifeste fondateur

Lénguè veut s'en
souvenir.

Pourquoi nous avons fondé une initiative nationale pour la masculinité positive en Guinée — depuis une sagesse soussou que nos grands-mères n'avaient jamais cessé de répéter.

Nos grands-mères disaient :

Lénguè bö maa mikhi firin nan gni.

« Une calebasse, deux personnes peuvent la casser. »

Elles le disaient quand un couple se déchirait. Elles le disaient pour rappeler que ce qui se brise dans une maison ne se brise jamais d'un seul côté, et que l'équité dans le soin précède toujours la justice dans la faute.

Elles le disaient depuis une langue, depuis une sagesse, depuis un objet — la calebasse — que nos cultures guinéennes ont placé au centre des cérémonies du lien : le mariage, la naissance, le conseil, le deuil. Légère, fragile, mais chargée. Comme l'est, au fond, tout lien humain.

Nous avons oublié leurs paroles.

Les violences faites aux femmes en Guinée ne sont pas une fatalité culturelle. Elles sont le symptôme d'une masculinité qui a perdu le fil de ses propres sagesses, qui a confondu la force avec la dureté, l'autorité avec la domination, le rôle de l'homme avec le silence de la femme.

Cette confusion n'est ni guinéenne, ni africaine, ni musulmane, ni chrétienne — elle est l'effet d'une histoire qui a brouillé les transmissions. Les remèdes que l'on importe de l'extérieur, aussi bienveillants soient-ils, ne touchent pas le cœur du problème parce qu'ils parlent une langue qui n'est pas celle où se logent les vraies décisions de la vie intime.

Lénguè veut s'en souvenir.

Lénguè est un dispositif national de promotion de la masculinité positive en Guinée. Il ne vient pas concurrencer les institutions de protection des femmes — il vient en amont, là où se forment les imaginaires, les habitudes, les modèles. Il s'adresse aux jeunes hommes guinéens, à leurs pères, à leurs frères, à leurs maîtres, à leurs imams et leurs pasteurs, à leurs camarades de quartier et de salle de classe.

Un homme bon, dans nos cultures, est celui qui porte la calebasse sans la fêler. Cette sagesse vous appartient déjà. Nous voulons seulement la rendre à nouveau audible.

Lénguè ne promet rien qu'il ne puisse documenter. Avant de parler, il écoute. Avant de proposer, il enquête. Avant de prescrire, il rassemble la parole des jeunes Guinéens — hommes et femmes — sur ce qu'ils projettent de leur vie à venir, intime et professionnelle, et sur ce qu'ils ont vu autour d'eux. Cette écoute, conduite avec la rigueur de la recherche universitaire, devient le socle endogène à partir duquel se construiront les contenus, les campagnes, les conversations, les œuvres.

Lénguè s'incarne dans une plateforme numérique souveraine qui héberge durablement les savoirs, dans une communauté en ligne qui les fait vivre, dans des Cercles territoriaux où les hommes se parlent entre eux dans chaque région, et dans un Certificat individuel qui valorise la formation acquise. Lénguè rendra la sagesse retrouvée à travers les voix, les images et les histoires que les Guinéens reconnaîtront comme les leurs — articles, podcasts, documentaire restitutif, et une série télévisée nationale dont la forme naîtra de l'écoute.

Notre boussole.

Lénguè distingue ce qu'il faut distinguer. L'usure quotidienne du lien, qui appelle l'équité dans le soin, n'est pas la violence, qui appelle la justice. Le proverbe parle de la calebasse qu'on étire à deux ; il ne parle pas de la calebasse qu'on jette contre le mur. Cette distinction est notre boussole.

Nous croyons qu'une Guinée où les hommes ont réappris à porter la calebasse est une Guinée où les femmes ne portent plus seules le poids du lien.

— Le Consortium Lénguè
Conakry, mai 2026